Mardi 11 juillet 2006

Pendant notre visite des Açores nous avons été sollicités par nos épouses , à juste titre quand on voit l'intérêt que ce blog et notre traversée ont suscités , d'écrire quelque chose : ce que l'on pense , ce que l'on ressent ... enfin tout quoi .

Joël n'est pas écrivain , Glenn se retranche derrière la modestie britannique ( erreur : néo-zélandaise ) alors je vais essayer de m'écouter écrire .

- Tout d'abord la surprise quand on a vu la photocopie du blog . Nous avions pensé seulement à l'information donnée par skymate sur l'avancement du voyage , tant que ça avance , ça va .

-  Cela fait 3 jours que je suis sur la terre ferme et je n'ai pas pu rassembler ce qu'il y a dans ma tête .

- Mes coéquipiers me manquent , voir leur tête en bataille le matin ou quand ils se levaient après avoir essayé de récupérer de la nuit ( endormissement , réveil pour le quart , re-endormissement dans le bruit de l'intérieur du bateau ). Ceci tous les jours sans interruption . Au début ( je parle pour moi ) j'étais réveillé avant l'heure du quart , puis il a fallu m'appeler et puis me secouer pour me réveiller .

- Le très gros stress quand le démarreur n'a plus fonctionné . Pas de cri , de protestation , une grosse déception pour Joël et Glenn ( et moi aussi ) mais un calcul rapide devant une eau aussi plate qu'une flaque .

La JOIE quand tout a refonctionné.........

- L'arrivée sur Horta avec de nouveau " les ratatouilles " du moteur ( vent dans le nez d'abord  puis la hâte d'arriver  = moteur ) . Vous devez penser qu'un voilier a des voiles , mais il vaut mieux avancer au moteur que  reculer à la voile ( SI : c'est possible ! ! ! ).

- La terre aperçue de loin est longue à atteindre ( au moins 10 heures ) .

                        Je parle pour moi maintenant .

Je ne me suis jamais ennuyé de ne voir que de l'eau ( peut-être est-ce l'habitude du vol à voile : des heures en l'air en ne regardant que le ciel , mais on voit quand même la terre ) sans repaires on avance dans la même rondelle d'eau . Si on ne regarde pas la vague d'étrave on peut croire qu'on est immobile . Va-t-on dans la bonne direction , sur la bonne route... on se rassure en regardant la trace sur la carte et le G P S qui nous emmène vers la terre .

- Mais pour dire ce qui se passe dans ma tête , je ne peux pas . Il faut le vivre . le faire ...

Je referai  une traversée , une autre ... pas pour le plaisir , comme quand on mange un plat de lasagnes odorantes , mais pour le plaisir de se dire qu'on l'a fait , que cela s'est bien passé ... On a eu de la chance ou on a favorisé la chance . Il est facile de dire vous avez eu de la chance quand on a pas pris le risque de traverser tant d'eau .

Et quand on parle avec d'autres marins qui ont traversé , on apprécie les remarques ou les anecdotes , car on a souvent vécu les mêmes mais pas tout a fait de la même façon .

                         Voilà , encore merci pour vous être tant souciés de nous .

Un marin c'est un contemplatif peu bavard , mais bavard avec d'autres marins : l'ambiance des ports où arrivent les voiliers de voyage est un monde à part , un peu comme un aimant ou une drogue .

..............Venez avec nous la prochaine fois ...........Vous verrez des baleines énormes frôlant le bateau , des bancs de dauphins bondissants ...

Je rigole ! ! !  on a pas vu de baleine et seulement quelques dauphins .

Par Gilles - Publié dans : atlantique
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