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Mardi 18 juillet 2006
Je prends enfin le temps de faire un petit compte rendu de la traversée, avec 3 photos à rajouter au blog.
 
Traversée Açores-Portugal.
 
Enfin !.. J'ai retrouvé mes proches depuis deux jours, notamment ma petite femme ravie de constater que j'aie perdu mes poignées d'amour quelquepart dans l'atlantique
(5 kilos tout de même de perdus dans la bagarre !). J'ai eu le loisir de m'épancher et de raconter le calvaire/enfer/cauchemar de cette traversée, et par soucis de vérité, je me devais de raconter au plus vite sur le blog ce qui serait forcément édulcoré par l'oubli, quand on arrive à sourire de ce qu'on a enduré avec la grimace. Cette intro peut paraitre un peu exagérée, mais n'en croyez rien; j'ai ( nous avons ? ) probablement vécu la semaine la plus éprouvante de ma vie.
Comme le dit Gilles, ce genre d'expérience se vit mais ne se raconte pas. On passe forcément pour un mythomane, ou au contraire un conteur insipide. Je m'en tiendrai donc uniquement à quelques moments choisis...
Nuit du 13 au 14 , environ deux heures du matin.
J'ai pris mon quart à minuit,  quand Brigitte est allée se coucher. Ma première manoeuvre consiste à lacher toute la voile, génois et grand-voile partiellement enroulée car le vent est "tombé !" à vingt noeuds. En une heure de temps, le vent chute pour ne souffler qu'à moins de 10 noeuds et le soulagement que je devrais éprouver après cinq jours consécutifs de grosse mer et vents violents laisse la place au découragement: à ce moment, je n'ai qu'une obsession: toucher terre, car je n'ai rien avalé depuis cinq jours ( et ce n'est pas une vaine _expression !) et ne dort que par pointillés l'équivalent d'une heure ou deux par nuit. Autant vous le dire, j'ai autant de tonus qu'une méduse...
J'affale donc le génois et décide de mettre en marche le moteur. Le bateau file à 1 ou 1,5 noeuds puisque ce foutu vent à complètement cessé de souffler.Le diesel répond à la première sollicitation, et je me fixe à 2000 tours/minute. Une vague impression de se déplacer à la vitesse d'un bigorneau paralytique m'envahit, et après m'être frotté les yeux plusieurs fois, je suis obligé de constater que le loch indique une vitesse de 0.5 noeuds... Dans l'état où je me trouve, il me faudrait réfléchir bien longtemps avant de comprendre ce qui se passe, mais Joël ne m'en laisse pas le temps: je le vois monter dans le cockpit d'un pas mal assuré, venir à moi et me demander:"Brigitte n'est pas là ?". Ca peut vous donner une idée de la forme qu'il tient lui aussi, par ce qu'on se retrouve rarement à plusieurs à deux heures du matin pour discuter ces derniers temps... Devant ma mine effarée (dans le doute, j'ai quand même regardé si je n'étais pas assis sur ses genoux...) il m'annonce sans préambule: " il faut que je te dise...: on n'a plus d'hélice."
Je paierais cher pour voir ma tête à ce moment là. En une fraction de seconde, j'ai repensé à DeFunes et Bourvil dans une scène de La Grande Vadrouille ( contemplant un planeur, ils s'exclament "y'a pas d'hélice hélas, c'est là qu'est l'os "... Mais là franchement,...pas drôle !
Flash back:   L'avant veille, allongé ( presque debout devrais-je dire à cause de la gîte ) sur ma couchette, j'avais remarqué que la pompe de cale au niveau du moteur fonctionnait de façon continue. Il est normal d'embarquer un peu d'eau dans les fonds par gros temps, mais un déclenchement épisodique de la pompe suffit normalement. J'avais donc ouvert la trappe moteur, détecté quelques centimètres d'eau dans le fond , et alerté Joël car si ce n'était pas inquiétant, c'était anormal.
Mon bon capitaine a eu alors la délicatesse de garder pour lui ce qu'il a vu, puisque dans l'état dans lequel je me trouvais, ça n'aurait pas arrangé mon moral...). Joël s'est donc retrouvé avec un joli vide à l'endroit où aurait du se trouver l'arbre d'hélice.: grand moment de solitude... Le diagnostique est rapide: plus d'arbre donc plus d'hélice donc plus de moteur, et à la place, une jolie voie d'eau qui ne demande qu'à s'installer à bord...un joli bouchon en bois fera donc l'affaire pour colmater, et Joël gardera pour lui tout seul pendant deux jours cette information. Bravo pour son courage, car partager ça lui aurait fait surement du bien , mais il a préféré endurer tout seul et ne pas nous inquiéter.
Bien! Retour à cette fameuse nuit du 13 au 14 où Joël et moi envisageons le peu de possibilités qui nous restent. Il faut dire qu'on n'a pas beaucoup d'atouts en main: pas de vent, pas de moteur, la côte à environ 80 milles nautiques, trop loin pour avertir par vhf, et le satellite qui n'émet plus depuis quelques jours. Que du bonheur !
J'oublie juste un détail: nous avons eu la bonne idée de renoncer à être manoeuvrant au beau milieu des rails montant et descendant de Gibraltar qu'empruntent tous les cargos déboulant à vingt noeuds dans la nuit noire... J'en profite pour adresser un grand merci à la marine marchande en général, et à la demi douzaine de cargos en particuliers dont aucun n'a daigné répondre à nos appels radios . Enfoirés...(terme technique utilisé par les marins pour regretter le manque de solidarité, vertu qui siérait pourtant si bien à ce genre de situation.)
Ce sont mes appels radios répétés qui ont fini, sinon d'alerter un cargo, de réveiller Brigitte. En titubant et les cheveux en bataille, elle demande à Joël:"qu'est-ce que ça veut dire au juste, pan, pan pan ?( prononcer "panne") . Après un moment de flottement, Joêl lui annonce notre avarie, et là, j'ai haluciné: redoutant tout ou presque, ( une moins courageuse en aurait lachement profité pour faire une crise de nerfs ou arracher les yeux de son mari...) Brigitte n'a strictement rien dit, s'est retournée, et est allée se coucher. Somnanbulisme, déni de la réalité, fatalisme ? Mais l'effet était assez étonnant.
Bref et pour faire court, après quelques heures à gamberger et quelques misérables milles parcourus, Super Magic Jojo est arrivé. Il a plongé sous le bateau pour constater le miracle: l'arbre coincé sous la coque, trois pales de l"hélice endommagées, mais a réussi à ramener l'arbre dans son logement et à fixer le tout sur le moteur. Réparation efficace avec les moyens du bord, ce qui m'a valu de déplorer: " si t'étais pas si barbu, je t'embrasserais sur les deux joues! "
Nous avons donc pu rejoindre la côte après quelques heures de moteur, et toucher enfin Lagos où j'ai quitté mes deux amis.
 
Outre cette anecdote, il me restera des images fortes bien sûr: des déferlantes, des lames qui balaient le pont au point que l'eau rentrait par mon hublot de pont pourtant censé être hermétique, le bruit constant de Vague à Bond contraint de taper dans les creux après avoir escaladé des vagues impressionantes, le froid pendant une semaine alors que je venais de quitter la canicule Lyonnaise...
Mais enfin, je retiendrai surtout l'aptitude de Joël et Brigitte à encaisser toutes ces galères (il y en a eu bien d'autres...), les ressources physiques pour tenir les quarts dans un manque de confort ( vêtements et sacs de couchages moulliés ) et une sous alimentation qui ont rendu ces épreuves véritablement épuisantes pour nous trois.
Mention spéciale, vraiment, pour Brigitte, qui ne pensait pas elle même pouvoir endurer ça, tenir les quarts, et surmonter sa peur pour assurer la bonne marche du bateau.
Bon vent à tous les deux et à bientôt pour une autre croisière, à condition que la côte soit à portée de gaffe !..
Axel.
 
 
Par Axel - Publié dans : atlantique
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Commentaires

Ca fait un peut de la peine de voir ce qui en ont enduré. De pensé que finalement on avait un peut raison d'avoir peur pour eux. Qu'ils soient un peut dégouter de la "grande navigation" au grand large.


Je suis fière de ce que maman à réussi à vincre sa peur et que papa a su rester calme sans alarmé personnes, d'avoir pu réparer cette fichu hélice en plongeant dans l'eau sans savoir ce qu'il allait trouvé.


En espérant que maintenant ils vont pouvoir profiter de la navigation dite de "plaisance" et que tout va s'aranger.


Papa aura pu réaliser son rêve même si il a été un peu cauchemard.


Un grand merci de ma part ainsi que de celui de ma soeur pour axel d'avoir réussi à raconter ce qu'il a vécu ainsi que nos parents.


Bonne continuation à papa et maman


séverine

Commentaire n°1 posté par séverine la fille du capitaine le 18/07/2006 à 10h56

Wouaaaaaaaaaaaaaa!!!


Lecture impressionnante !


Cela me rappelle certains passages lus dans les livres de Kersauzon dans les déferlantes du Cap Horn !


Merci Axel de nous faire partager ces moments...même s'il s'agit de sacrées galères !


Ce que je trouve sidérant dans ce récit...c'est l'attitude des cargos de la marine marchande !

Commentaire n°2 posté par Pascaline le 18/07/2006 à 11h05
Bonsoir joel et brigitte et axel
Je viens de lire votre aventure faux abords des cotes portugaises et je dois dire que j'en suis un peu retourné tout en étant assis.
Ne devais je pas joel, participer avec toi à ce dernier rush, les açores-portugal !!!
Je ne retiendrais que le positf, les moments merveilleux que votre épopée nous a permis de partager.
Il y a une très grande famille autour de vous.
Nous connaissions votre puissance de caractère face aux moments importants, vous ne nous avez pas déçus .
Encore mieux, vous avez mis la "barre"  très haute.
Bravos mes amis
Bravo

dominique et michèle Aguilar
Commentaire n°3 posté par dominique et michele le 18/07/2006 à 22h38
Plus de 3 mois que ce blog a été créé et je viens seulement me joindre à tous ceux qui l'ont fait vivre jusqu'à présent.Et oui, ça a du bon de reprendre le travail puisqu'internet ne fonctionnait plus à la maison ! ! ! Un grand merci à Gilles et Axel pour leurs témoignages qui nous permettent d'imaginer quelques moments forts de cette traversée.Nous serions très contents de connaître le ressenti de Glenn, même en anglais, Fanette traduira pour ceux qui en auraient besoin! ! ! J'aurais moi aussi voulu participer à cette traversée mais un heureux évènement est arrivé entre temps.D'ailleurs Hugo passe le bonjour à Papinou et Maminou en attendant de les rejoindre aux Baléares dans moins d'un mois maintenant.Je ne sais pas si vous allez le reconnaître tellement il profite bien !!! Nous souhaitons bonne continuation à papa et maman pour leur séjour le long des côtes Portugaises et Espagnoles. Gros bisous de la part de nous trois.
Commentaire n°4 posté par Géraldine le 19/07/2006 à 09h32

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